Arriver aux urgences et ne pas pouvoir décrire sa douleur. Entendre un diagnostic sans le comprendre. Pour les personnes sourdes, ces situations sont banales — et l'interprète en langue des signes n'est pas toujours disponible à trois heures du matin. C'est ce vide que veut combler SIGN ON, société bisontine fondée par Mehdi Mougin. Le 3 juillet 2026, la Mission French Tech l'a retenue parmi les 102 lauréats de la 5ᵉ promotion de son programme Tremplin Incubation, dévoilée à VivaTech.
Deux distinctions French Tech en sept mois
La première est venue de la région. Le 12 décembre 2025, au Village by CA de Dijon, La French Tech Bourgogne-Franche-Comté clôturait la promotion 2025 de son programme Tremplin Prépa. Au terme des pitchs, la salle a voté : « Coup de cœur du public : Mehdi Mougin pour SignOn ».[1] Un prix décerné par une assemblée d'entrepreneurs et d'accompagnateurs, sur la seule force d'une présentation.
La seconde est nationale. Le 3 juillet 2026, la Mission French Tech a publié la liste des 102 entreprises retenues pour la 5ᵉ promotion de French Tech Tremplin Incubation, dévoilée à VivaTech.[2] SIGN ON y figure, rattachée à la Capitale French Tech Bourgogne-Franche-Comté, aux côtés de six autres lauréats régionaux : ARENIA, CENTAGA SAVEY, HILAJO GROUP, INTELLECTUALITY, MATERN'UP et MEND ME.[3]
Le programme Tremplin n'est pas un concours de plus. Porté par la Mission French Tech et Bpifrance, il vise l'égalité des chances dans un secteur où l'accès au capital et aux réseaux reste très inégal. Concrètement, un lauréat Incubation obtient une année d'accompagnement par un incubateur partenaire, un soutien financier et l'accès à un réseau de mentors et d'investisseurs.
À ces deux sélections s'ajoute le prix du public des CIC Start Innovation Awards 2026, catégorie que le concours de la banque a introduite cette année-là.[9] SIGN ON en fait état sur son site.[4]
Une entreprise née d'un problème d'accès
SIGN ON n'est pas partie d'une prouesse technique en quête d'un marché, mais de l'inverse : un besoin identifié, puis les moyens de le traiter. Le premier terrain visé est la santé — accueil hospitalier, consultation, téléconsultation.[4] Ce choix n'a rien d'anodin. C'est précisément là que l'incompréhension se paie le plus cher : un symptôme mal décrit, une posologie mal saisie, un consentement donné sans avoir tout compris.
Le recours à un interprète professionnel reste la référence, mais il suppose d'être planifié. Or les moments où la communication compte le plus sont rarement planifiables : une urgence, une mauvaise nouvelle, une question qui surgit en fin de consultation. Entre l'interprète indisponible et le bout de papier griffonné, il n'existe aujourd'hui pas grand-chose.
C'est cette zone-là que l'entreprise vise, et elle le dit sans emphase : son outil est présenté en complément de l'interprète humain, et non en remplacement.[4] La nuance est décisive. Les communautés sourdes ont vu défiler des promesses technologiques qui prétendaient remplacer une profession tout en ignorant la complexité de la langue. Se positionner comme un recours d'appoint, disponible quand l'humain ne l'est pas, est à la fois plus juste et plus crédible.
Une langue à part entière
La langue des signes française n'est pas du français gesticulé : c'est une langue complète, avec sa grammaire, sa syntaxe spatiale et ses expressions du visage porteuses de sens. Un même geste change de valeur selon l'endroit où il est produit, la vitesse, le regard. C'est ce qui rend l'exercice exigeant — et ce qui sépare un travail sérieux des gadgets qui ont prétendu régler la question.
L'offre se décline en trois formats : une application mobile et web, une intégration aux outils de visioconférence — Zoom, Teams, Meet — et des bornes d'accueil physiques.[4] Trois réponses à trois situations où quelqu'un se retrouve, aujourd'hui, à devoir se débrouiller seul.
Un parcours court et dense
L'entreprise est jeune : SIGN ON a été immatriculée le 12 février 2026 à Besançon, avec Mehdi Mougin pour président.[5] Le travail, lui, a commencé bien plus tôt.
La trace publique la plus ancienne remonte à 2024 : un compte Hugging Face ouvert en février, puis dix-sept dépôts de code publiés sur GitHub entre janvier et décembre — traitement du langage naturel, réseaux de neurones convolutifs, reconnaissance d'entités nommées, agents conversationnels, mise en production de modèles.[6] Un portfolio d'apprentissage méthodique, qui s'interrompt fin 2024, au moment où le travail devient privé.
En juin 2025, il cofonde à Besançon l'association KOHAI, dédiée à l'accompagnement des projets deep tech et à la transmission des savoirs en IA.[7] Entre le premier dépôt de code public et le statut de lauréat French Tech, il s'est écoulé un peu plus de deux ans.
La même année, il est distingué dans le cadre de ses études par la Société des membres de la Légion d'honneur.[8] Six mois plus tard vient le coup de cœur du public à Dijon, huit mois plus tard la sélection nationale.
Un second front : la vision industrielle
Mehdi Mougin mène en parallèle un second projet, ANOMA, sur un terrain très différent : le contrôle qualité industriel.[8] L'offre repose sur la même brique technique — la vision par ordinateur — mais s'adresse aux usines : détection de micro-défauts sur ligne de production, décision conforme/non conforme, historisation horodatée de chaque contrôle avec son image, tableaux de bord qualité et pilotage multi-postes. Le site revendique des configurations tenant en environnement contraint, jusqu'à l'indice de protection IP67, et cite Besançon, Montbéliard et Pontarlier.
Le rapprochement des deux projets n'a rien d'incohérent, il est même la marque d'une compétence transposable. Interpréter une main qui signe et repérer une rayure de quelques micromètres relèvent de la même famille de problèmes : extraire du sens d'un flux d'images, en temps réel, avec peu de données d'entraînement. C'est aussi, à Besançon, un terrain d'excellence : la ville a bâti sa réputation industrielle sur la précision et les microtechniques, et ANOMA vient s'y inscrire naturellement.
Ce que ce parcours dit de l'écosystème local
Le cas SIGN ON illustre une mécanique qui fonctionne : un programme régional repère un porteur de projet, la reconnaissance locale précède la sélection nationale, et l'accompagnement suit. C'est précisément ce que le label Capitale French Tech est censé produire dans un territoire qui n'a ni la densité de capital-risque de Paris ni celle de Lyon.
Il illustre aussi une trajectoire que le territoire gagnerait à faire connaître : deux distinctions French Tech en sept mois, une société créée, un produit qui avance — le tout depuis Besançon, sans passer par Paris. L'écosystème bisontin sait faire émerger ce genre de projets ; il lui reste à les raconter.
L'année d'accompagnement qui s'ouvre avec le programme Tremplin doit servir à cela : passer des premiers résultats aux premiers déploiements, et trouver les établissements prêts à ouvrir leurs portes. À Besançon, une entreprise qui met la précision au service de l'accès aux soins ne détonne pas — c'est même assez fidèle à ce que la ville sait faire depuis longtemps.
Sources & références
Les sources citées dans cet article, numérotées dans leur ordre d'apparition dans le texte.
- Clap de fin pour la French Tech Tremplin Prépa 2025 : une promotion inspirante célébrée au Village by CA Dijon
La French Tech Bourgogne-Franche-Comté · Source officielle · · lafrenchtechbfc.fr
Retour au texte - Les 102 lauréats de la 5e promotion de French Tech Tremplin Incubation dévoilés à VivaTech
Mission French Tech · Source officielle · · lafrenchtech.gouv.fr
Retour au texte - Les entreprises lauréates de la 5e promotion de French Tech Tremplin Incubation et leurs Capitales ou Communautés French Tech de rattachement (PDF)
Mission French Tech · Source officielle · · lafrenchtech.gouv.fr
Retour au texte - Traduction de la langue des signes en temps réel
SIGN ON · Source officielle · · signon-app.fr
Retour au texte - SIGN ON — fiche entreprise (SIREN 101 114 759)
Annuaire des entreprises, INSEE / RNE · Source officielle · · annuaire-entreprises.data.gouv.fr
Retour au texte - Sixième édition pour le concours CIC Start Innovation Awards
TEMIS Technopole Besançon · Presse · · temis.org
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Jimmy Inthalangsy
Fondateur du journal IA Besançon & développeur IA
Développeur IA indépendant depuis une dizaine d'années, il a fondé IA Besançon, un journal à but non lucratif, pour raconter — par passion, et pour la transmettre — ce que le bassin bisontin invente en intelligence artificielle et en tech.




